Politique extérieure
 

 La politique étrangère portugaise est marquée, de manière continue, par l'ancrage européen et atlantique qui est constamment réaffirmé, ainsi que par l'intérêt porté aux anciennes colonies lusophones et dans une moindre mesure à la Méditerranée. Le Portugal organise avec quatre « partenaires privilégiés » (l'Espagne, le Brésil, le Maroc et depuis 2003 la France) un sommet ou une rencontre annuelle bilatérale.

1 - Questions européennes

L'entrée du Portugal dans la Communauté européenne, le 1er janvier 1986, douze ans après la Révolution des Œillets, a véritablement donné à ce pays un nouveau départ, lui permettant de connaître un développement économique fulgurant et de stabiliser sa jeune démocratie. Depuis lors, le Portugal a multiplié les efforts pour être le « bon élève » de l'Union, et un membre à part entière de toutes les avancées de la construction européenne (Euro, Schengen), convaincu que cela lui permettait d'avoir sa place au « cœur » de l'Union. Sa deuxième présidence de l'Union européenne, en l'an 2000, a été marquée par le lancement d'initiatives d'envergure, comme la stratégie de Lisbonne, destinée à faire de l'Europe « l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde », d'ici 2010 et le premier sommet UE-Afrique.

L'ancien Premier ministre Durao Barroso a succédé à Romano Prodi à la tête la Commission européenne le 1er novembre 2004.

a/ Perspectives financières

Les perspectives financières pour l'après 2006 inquiètent les autorités portugaises.

Le Portugal contribue en effet à hauteur de 1,4% au budget communautaire et reçoit plus de 5% du budget au titre notamment des fonds structurels et de cohésion. Ces flux sont déterminants pour le rattrapage de l'économie portugaise, puisqu'ils représentent chaque année entre 2% et 3% du PIB portugais. Les autorités portugaises font donc du maintien de la solidarité communautaire une de leurs priorités.

Dans le domaine agricole , le Portugal a peu profité de son adhésion à l'UE : il est l'Etat membre qui reçoit le moins d'aides directes compensatoires et, pourtant, celui qui a les plus faibles rendements agricoles. Le gouvernement portugais précédent a menacé de revenir sur le compromis sur la PAC de 2002 s'il n'obtient pas satisfaction sur les perspectives financières. Les Portugais sont également très attentifs à la prise en compte de la spécificité de leurs régions ultrapériphériques.

b/ Pacte de stabilité

Après un accroc en 2001 (4,1% du PIB), les finances publiques portugaises se sont rétablies en 2002 (2,7% du PIB), et ont respecté le seuil des 3% en 2003, ceci en dépit d'une récession prolongée (six trimestres consécutifs de croissance négative, suivis d'une légère reprise en 2004). Le seuil de 3% a été respecté en 2004, sous réserve de la validation des comptes portugais par Eurostat. Le gouvernement portugais a exprimé sa satisfaction vis-à-vis du compromis trouvé  sur la réforme du Pacte de stabilité.

c/ Institutions européennes

Le Portugal a obtenu satisfaction sur ses principales demandes sur la Constitution : référence au principe d'égalité entre les Etats, reconnaissance des régions ultra-périphériques. Lors de son discours d'investiture le 12 mars, le nouveau Premier ministre M. José Socrates a annoncé que le référendum sur la Constitution européenne se tiendrait le même jour que les élections municipales, le 5 octobre 2005 . Une révision préalable de la Co nstitution sera nécessaire pour permettre la tenue de ces deux scrutins le même jour, et pour permettre la ratification par référendum d'un Traité international.

d/ Elargissement

B ien que Lisbonne se soit toujours déclarée favorable à l 'élargisseme nt, celui-ci représente, vu du Portugal, une triple menace : Lisbonne craint que le centre de gravité de l'Europe ne se déplace vers l'est. L'élargissement pourrait aussi causer des délocalisations vers des pays à bas coût de main d'oeuvre. Elle redoute également de voir disparaître la manne européenne des fonds structurels au profit des nouveaux adhérents. Par ailleurs, le Portugal est favorable à l'adhésion de la Turquie.

2 - Un intérêt croissant pour la Méditerranée.

L'entrée dans l'Union européenne du Portugal l'a amené à s'intéresser aux pays du Maghreb, en particulier au Maroc , avec lequel est organisé un sommet annuel au niveau des chefs d'Etat. Le Portugal a soutenu la mise en place d'une politique euro-méditerranéenne plus ambitieuse ; il a coparrainé l'initiative de relance du processus de Barcelone et se montre très attentif à être associé à toutes les rencontres multilatérales en Méditerranée.

3 - L'engagement atlantique et les questions de sécurité

Membre fondateur de l'OTAN et allié traditionnel des Etats-Unis avec lesquels il a renouvelé en juin 1995 l'accord de coopération et de défense en l'actualisant  (notamment en actant l'utilisation gratuite de la base de Lajes aux Açores), le Portugal n'en est pas moins favorable au développement de la Politique européenne de Sécurité et de Défense. Il considère que celle-ci doit constituer le pilier européen de l'OTAN, crédible et opérationnel, et que les deux organisations doivent être complémentaires.  Il a adhéré aux Euroforces le 7 mars 1996.

Le Portugal souhaite donc concilier sa volonté de se positionner dans le groupe central européen avec son tropisme atlantique tenace.

Alors qu'il était jusqu'à une date récente le premier contributeur européen aux opérations de maintien de la paix de l'ONU, le Portugal a décidé d'engager, en raison de ses difficultés budgétaires, un mouvement global de réduction de ses contributions aux opérations de maintien de la paix (OMP). En 2005, sa participation était de 195 hommes en Bosnie-Herzégovine, 370 au Kosovo, 16 en ARYM, 6 en Irak, 18 en Afghanistan, et 6 au Timor.

4 - Irak

Le Portugal fait partie des huit pays européens qui ont signé la lettre de soutien aux Etats-Unis sur la crise irakienne en dépit de manifestations pacifistes dans le pays. L'ancien Premier ministre Barroso a accueilli aux Açores, sur une base américano-lusitanienne, la rencontre des quatre chefs d'Etat et de gouvernement (Etats-Unis, Royaume-Uni,Espagne, Portugal) à la veille de l'offensive militaire.

Le président socialiste SAMPAIO a en revanche critiqué le gouvernement et pris position contre tout usage de la force en dehors du cadre des Nations Unies. Le Portugal a envoyé en Irak un contingent de 128 gendarmes (plutôt qu'une unité militaire), qui a été rapatrié le 10 février 2005, après les élections en Irak.

5 - Un engagement traditionnel outre-mer

a - Afrique

Les PALOP (pays africains de langue officielle portugaise) sont des c entres d'intérêt prioritaires du Portugal (170 M d'euros  d'aide bilatérale en 2001), qui s'efforce de renouer, après une décolonisation bâclée en 1975, des liens privilégiés avec eux. Le Portugal cherche surtout à conforter son influence en Angola où il s'est employé à jouer un rôle central dans la résolution de la guerre civile (signature en 1991 des accords de paix de Bicesse, participation à la « troïka » des observateurs du processus de paix  aux côtés de la Russie et des Etats-Unis). Le Portugal mène également avec le Mozambique une politique d'implantation ambitieuse appuyée par des moyens budgétaires importants. Enfin, le Portugal, notamment par l'intermédiaire de la CPLP , est fortement engagé dans les efforts de stabilisation de la Guinée-Bissau .

Soucieux de  valoriser les liens qu'il entretient avec l'Afrique, le Portugal est à l'origine des sommets Union européenne-Afrique.

Si les ex-colonies lusophones continuent de mobiliser la quasi-totalité de l'aide bilatérale au développement, le Portugal commence à s'intéresser également aux pays africains non-lusophones (Afrique de l'Ouest notamment) en développant un dialogue politique visant à promouvoir la stabilité régionale et à diversifier ses relations économiques.

b - Brésil

Si les échanges commerciaux demeurent limités (198 M d'euros d'exportations portugaises et 480 M d'euros d'importations en provenance du Brésil en 2000), le Brésil est cependant devenu la première destination des investissements portugais à l'étranger (574 M d'euros en 1997, 2583 M d'euros en 2000).  En outre, la plus importante communauté portugaise à l'étranger se trouve au Brésil (1,2 million de personnes) tandis que les Brésiliens représentent une des premières communautés immigrée au Portugal (plus de 50.000 personnes). Le Premier ministre portugais et le Président brésilien se rencontrent chaque année à l'occasion d'un sommet bilatéral.

La présence d'une communauté de 400 000 Portugais au Vénézuela a également conduit le Portugal à intégrer le groupe des pays amis du Vénézuela.

c - CPLP

Le Portugal reste le pays moteur de la Communauté des pays de langue portugaise (créée en 1996) qui vise à créer une véritable solidarité lusophone, notamment au moyen de projets de coopération conjoints, l'ébauche d'une force luso-africaine de maintien de la paix et le soutien aux candidatures lusophones au sein des organisations internationales (notamment à l'entrée du Brésil au Conseil de sécurité).

d - Asie

La restitution de Macao à la Chine s'est opérée le 20 décembre 1999.

Timor-Est demeure une priorité pour le Portugal , qui continue à lui apporter un soutien financier non négligeable (55 millions d'euros).