jeudi 18 juin 2009

Interview de l'Ambasseur du Portugal à la Chambre du Commerce et d'Industrie franco-portuguaise


Francisco Seixas da Costa est l'Ambassadeur du Portugal à Paris, ayant assumé le poste en février, suite à une longue et dense carrière diplomatique, éminemment consacrée à la dimension économique. Durant cette interview, il passe en revue son cursus et, en particulier, son expérience auprès des chefs d'entreprise et Chambres de Commerce portugaises du Brésil, durant son mandat d'Ambassadeur à Brasilia, entre 2004 et 2008.

Comme au début de tous les entretiens de cet espace Zoom, je vous demanderais de nous présenter brièvement votre parcours professionnel, de vos débuts jusqu’à votre poste actuel d’Ambassadeur du Portugal à Paris.

J’ai fait mes études à l’Institut Supérieur des Sciences Sociales et Politiques (ISCSP), de l’Université Technique de Lisbonne. Ensuite, j’ai été embauché par la banque Caixa Geral de Depósitos avant mon service militaire. Alors que j’étais encore à l’Armée, j’ai passé un concours pour entrer au Ministère des Affaires Etrangères (MAF). A l'oral, je suis passé devant un examinateur célèbre, M. Aníbal Cavaco Silva... Les épreuves se sont bien passées et j’ai été admis au Ministère en août 1975. Après quelques mois passés à la Coopération, j’ai été nommé à la Direction Générale des Affaires Economiques où je suis resté jusqu’en 1979. Cette année-là, je suis parti en Norvège et trois ans plus tard, j’ai été nommé en Angola pour diriger le service Coopération de l’Ambassade. Rentré au Portugal en 1986, année de l’adhésion du Portugal à la CEE, j’ai immédiatement intégré la nouvelle Direction Générale des Communautés Européennes. Par la suite, j’ai travaillé au Cabinet du Secrétaire d’Etat à la Coopération, M. Durão Barroso, cabinet où se trouvait également M. António Monteiro que je viens remplacer ici à Paris. Comme à l’époque, la Politique de Coopération était ma spécialité, j’ai été nommé en 1989 directeur du Cabinet de Planning et Programmation de l’Institut de Coopération Economique de Lisbonne.
Ma carrière s’est ensuite poursuivie à l’Ambassade de Londres en 1990 en tant que ministre-conseiller. De retour au Portugal en 1994, j’ai pris les fonctions de Sous-Directeur Général des Communautés Européennes. En 2005, j’ai suspendu ma carrière après avoir été nommé au poste politique de Secrétaire d’Etat aux Affaires Européennes, poste que j'ai occupé jusqu’en mars 2001. Ce fut une période très riche et intense pendant laquelle j’ai négocié les traités d’Amsterdam et de Nice et collaboré à la préparation et à l’exécution de la Présidence Portugaise de l’Union Européenne de 2000. En 2001, j’ai demandé à quitter le Gouvernement pour partir en poste à New York en tant qu’ambassadeur auprès des Nations Unies. Je remplaçais alors M. António Monteiro qui partait pour Paris. Mon activité aux Nations-Unies a également été très intense : d’abord Vice-Président du Comité Economique et Social, j’ai ensuite été Président de la Commission Economique et Financière puis Vice-Président de l’Assemblée Générale. Fin 2002, j’ai été nommé à Vienne où le Portugal occupait la Présidence de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) et j’ai présidé le Conseil Permanent de l’organisation. En 2004, j’ai quitté Vienne pour Brasilia où j’ai été nommé chef de poste à l’Ambassade pendant quatre ans avant de venir à Paris. Ce fut à mon sens un parcours varié et très riche. Il y a un aspect qui ressort de votre carrière dans la diplomatie portugaise : vous avez toujours été très lié à l’économie, sauf pendant une brève interruption lorsque vous étiez à l’OSCE...C’est exact. Et même l’OSCE, qui est une organisation pour la sécurité, a une dimension économique importante. Mais en effet, j’ai passé pratiquement toute ma vie à travailler sur les questions économiques, que ce soit sur le plan bilatéral ou multilatéral et je me suis également consacré, pendant une certaine période, aux questions techniques de la coopération.

Arrivé au Brésil, vous sentiez-vous adapté au nouveau contexte ?

Dans la carrière diplomatique, nous apprenons très tôt à ne pas faire de plans à long terme. Le Brésil fut une nouvelle expérience, venant s'ajouter aux précédentes. Néanmoins, je dois vous dire que ce fut l’expérience professionnelle la plus enrichissante que j’aie vécue à ce jour. C’est pour cette raison qu’avant de quitter le Brésil, j’en ai fait un livre pour relater cette expérience.

Quels ont été les défis à relever dans le contexte brésilien, lorsque vous avez pris vos fonctions d’Ambassadeur du Portugal à Brasilia ?

Tout d’abord, il fallait tenir compte du poids de l’histoire entre le Brésil et le Portugal, relation unique à laquelle j’ai essayé de donner plus de consistance au-delà de la rhétorique traditionnelle. Aujourd’hui, les rapports sont plus dynamiques à tous les niveaux politiques. Un travail technique conjoint a également été fourni par les ministères portugais et brésiliens et les dernières années furent marquées par un engagement conjoint plus dynamique au sein des structures de la CPLP. Ensuite, il fallait suivre la dimension humaine de la présence portugaise au Brésil et brésilienne au Portugal. Nous avons dû adapter et moderniser nos structures consulaires pour qu’elles allient à la fois tradition en matière de prestation de services et amélioration de l’efficacité fonctionnelle. Cette période fut également marquée par le développement de l’immigration brésilienne au Portugal, supposant un travail délicat dans la gestion des effets socio-politiques de ce flux, marqué dans un premier temps par des problèmes dans les aéroports portugais et plus tard par des conséquences sociales – chômage, exclusion sociale et questions sécuritaires. Je ne vous cache pas la complexité de cette thématique qui a fini par être traitée avec succès ; d’ailleurs, la situation actuelle en est la démonstration. Sur le plan économique, il y a eu trois volets fondamentaux. Tout d’abord, en matière commerciale, puisque l’importation de produits portugais par le Brésil a connu une croissance annuelle à deux chiffres. En matière d’investissements, la période de ma mission au Brésil a été marquée par la concrétisation des investissements portugais effectués dans les années 1990, auxquels se sont ajoutés de nouveaux flux de capitaux, spécialement dans l’hôtellerie haut-de-gamme et la restauration. Enfin, les flux touristiques portugais vers le Nord-est du Brésil se sont intensifiés, soutenus en grande partie par les nouveaux investissements que je viens de mentionner et par la hausse de la fréquence des vols de TAP pour qui le Brésil est devenu le plus grand marché, avec plus de 60 vols par semaine à destination de huit villes brésiliennes. Le Brésil en est encore aux premiers balbutiements en matière touristique : il accueille 5,5 millions de touristes par an alors que le Portugal, par exemple, en accueille 14 millions.

Et sur le plan culturel ?

Je vous avoue que c’est un domaine où j’ai ressenti une certaine frustration car je n’ai pas pu créer et donner l’impulsion souhaitée. Bien sûr, d’importantes expositions ont eu lieu, nous avons présenté beaucoup de musiques de qualité, de bons films portugais et assuré une énorme promotion de notre littérature. Cependant, tout ce que peut faire un pays de la dimension et des ressources du Portugal reste très faible par rapport à un pays de 195 millions d’habitants. Pourquoi ?

Par manque de moyens, de ressources pour promouvoir toutes les actions qui selon nous méritaient d’être soutenues et diffusées. Le Brésil est un pays immense doté de 27 états. Rien que l’Etat de Minas Gerais est plus grand que la France, vous vous rendez compte… Cela fait longtemps que le Portugal a une histoire et des potentialités pour affirmer la richesse de son glorieux passé, mais cette richesse est bien supérieure à nos capacités en matière de promotion.

Le contact avec la communauté portugaise au Brésil a été une de vos actions…

Oui, j’ai visité au total 57 structures de la communauté portugaise au Brésil. Selon les chiffres officiels du MAF, il existerait 700 000 résidents portugais au Brésil… Il s’agit d’un chiffre théorique qui englobe les personnes ayant la double nationalité. Nous l’utilisons à des fins de travail consulaire, mais les seuls ressortissants de nationalité portugaise ne dépassent pas les 400 000. D’ailleurs, ils sont supplantés par ceux qui résident en France, en Afrique du Sud et au Venezuela, à en croire les statistiques. En général, il s’agit d’une immigration antérieure à l’immigration portugaise en France. En fait, l’émigration vers le Brésil diminue quand les Portugais commencent à partir dans les pays européens, à partir des années 60.

Le sentiment d'affinité des Portugais du Brésil s’est-il perdu ou, au contraire, a-t-il perduré au long des dernières années ?

Le sentiment d’affinité de la communauté luso-brésilienne est encore très fort. Très patriotique, elle est fortement liée au Portugal et aux valeurs portugaises.

Y compris pour les personnes ayant la double nationalité ?

Oui. D’ailleurs, la plupart des structures de la communauté portugaise, particulièrement dans les grandes villes comme Sao Paulo et Rio, ne recensent pas que des ressortissants portugais ; elles sont animées par la présence et la participation de ressortissants entièrement brésiliens dont la vie est entièrement structurée au Brésil malgré leur ascendance portugaise. Ces personnes sont très fières de leurs origines portugaises et sont liées à une certaine image du Portugal. Si cette communauté portugaise au Brésil est bien antérieure à celle de la France, on peut dire que 400 000 mono-nationaux est un chiffre assez élevé….Le contact avec la communauté portugaise au Brésil a été une de vos actions… Oui, j’ai visité au total 57 structures de la communauté portugaise au Brésil. Selon les chiffres officiels du MAF, il existerait 700 000 résidents portugais au Brésil… Il s’agit d’un chiffre théorique qui englobe les personnes ayant la double nationalité. Nous l’utilisons à des fins de travail consulaire, mais les seuls ressortissants de nationalité portugaise ne dépassent pas les 400 000. D’ailleurs, ils sont supplantés par ceux qui résident en France, en Afrique du Sud et au Venezuela, à en croire les statistiques. En général, il s’agit d’une immigration antérieure à l’immigration portugaise en France. En fait, l’émigration vers le Brésil diminue quand les Portugais commencent à partir dans les pays européens, à partir des années 60.

Le sentiment d'affinité des Portugais du Brésil s’est-il perdu ou, au contraire, a-t-il perduré au long des dernières années ?

Le sentiment d’affinité de la communauté luso-brésilienne est encore très fort. Très patriotique, elle est fortement liée au Portugal et aux valeurs portugaises.

Y compris pour les personnes ayant la double nationalité ?

Oui. D’ailleurs, la plupart des structures de la communauté portugaise, particulièrement dans les grandes villes comme Sao Paulo et Rio, ne recensent pas que des ressortissants portugais ; elles sont animées par la présence et la participation de ressortissants entièrement brésiliens dont la vie est entièrement structurée au Brésil malgré leur ascendance portugaise. Ces personnes sont très fières de leurs origines portugaises et sont liées à une certaine image du Portugal. Si cette communauté portugaise au Brésil est bien antérieure à celle de la France, on peut dire que 400 000 mono-nationaux est un chiffre assez élevé.

Le contact avec la communauté portugaise au Brésil a été une de vos actions…

Oui, j’ai visité au total 57 structures de la communauté portugaise au Brésil. Selon les chiffres officiels du MAF, il existerait 700 000 résidents portugais au Brésil… Il s’agit d’un chiffre théorique qui englobe les personnes ayant la double nationalité. Nous l’utilisons à des fins de travail consulaire, mais les seuls ressortissants de nationalité portugaise ne dépassent pas les 400 000. D’ailleurs, ils sont supplantés par ceux qui résident en France, en Afrique du Sud et au Venezuela, à en croire les statistiques. En général, il s’agit d’une immigration antérieure à l’immigration portugaise en France. En fait, l’émigration vers le Brésil diminue quand les Portugais commencent à partir dans les pays européens, à partir des années 60.

Le sentiment d'affinité des Portugais du Brésil s’est-il perdu ou, au contraire, a-t-il perduré au long des dernières années ?

Le sentiment d’affinité de la communauté luso-brésilienne est encore très fort. Très patriotique, elle est fortement liée au Portugal et aux valeurs portugaises.

Y compris pour les personnes ayant la double nationalité ?

Oui. D’ailleurs, la plupart des structures de la communauté portugaise, particulièrement dans les grandes villes comme Sao Paulo et Rio, ne recensent pas que des ressortissants portugais ; elles sont animées par la présence et la participation de ressortissants entièrement brésiliens dont la vie est entièrement structurée au Brésil malgré leur ascendance portugaise. Ces personnes sont très fières de leurs origines portugaises et sont liées à une certaine image du Portugal. Si cette communauté portugaise au Brésil est bien antérieure à celle de la France, on peut dire que 400 000 mono-nationaux est un chiffre assez élevé.

Comment se fait-il que les Portugais soient restés plus d’un siècle?

Au titre des accords historiques conclus entre le Portugal et le Brésil, n’importe quel ressortissant portugais pouvait exercer son activité et jouir de la quasi-plénitude de ses droits tout en conservant sa nationalité portugaise. Grâce à cette égalité de droits, également en vigueur au Portugal, j’ai pu rencontrer au Brésil des Portugais de plus de 80 ans qui n’ont jamais eu l’idée d’adopter la nationalité brésilienne. Cela ne veut pas dire qu’ils ne soient pas profondément loyaux envers la société brésilienne qui les a accueillis. Je dirais que ce sont des cas exemplaires d’intégration.

Quel est le poids de la communauté portugaise au Brésil en matière entrepreneuriale ?

Il a été beaucoup plus important qu’il ne l’est aujourd’hui. A l’heure actuelle, je dirais qu’il est assez important dans certains secteurs de la petite et moyenne industrie et très important dans le petit commerce. Evidemment, il existe des personnes fortunées au sein de la communauté, qui ont gravi les échelons de la société brésilienne avec succès. Mais la situation de la communauté portugaise de la seconde moitié du XXe Siècle, alliant puissance économique et force politique, n’est plus une réalité de nos jours.

Cette importance économique s’est-elle perdue ?

Oui, elle s’est perdue d’autant plus qu’une grande partie de cette communauté est devenue purement brésilienne. Je dirais qu’une partie de l’ancienne communauté portugaise a « brasilianisé » son rêve en termes de vie.

Comment dépeignez-vous la réalité actuelle des chambres de commerce et d’industrie portugaises au Brésil ? Voyez-vous des similitudes avec le cas français ?

Le Brésil est un pays immense, composé de 27 états. Nous ne pouvons donc pas l’appréhender avec la même logique que la France. Chaque état brésilien représente une réalité différente sur le plan économique, en particulier en ce qui concerne la présence de capitaux et de sociétés portugaises. L’état le plus important et qui possède la plus grande chambre de commerce portugaise est Sao Paulo. La chambre la plus ancienne est celle de Rio. Les chambres de commerce existantes ne correspondent pas seulement à la dimension de l’économie dans chaque état puisqu’elles prennent également en compte la diversité de la présence économique portugaise dans chacun d’eux. Les chambres portugaises au Brésil ont créé un Conseil des Chambres car elles se sont aperçues qu’elles avaient besoin d’instituer un mécanisme d’articulation entre elles. Ce Conseil est aujourd’hui l’interlocuteur de l’Etat portugais. Cependant, l’Ambassade entretient des rapports avec toutes les chambres. J’ai visité toutes les chambres pendant mon séjour au Brésil et j’ai engagé des démarches auprès de chefs d’entreprise pour créer deux nouvelles chambres de commerce : une dans l’Etat de Natal et une autre dans la capitale, à Brasilia. Une autre chambre, créée dans l’Etat de Santa Catarina, n’a pas eu de succès. Pourquoi ?Par manque de masse critique au niveau des entreprises. Les chambres de commerce naissantes sont confrontées à un dilemme : pour avoir des associés, elles ont besoin de justifier leur action par des services qui leur sont utiles, mais ces services ne peuvent être créés que si la chambre dispose déjà d’un portefeuille d’associés fort, ce qui veut dire que les premiers associés doivent avoir la vision stratégique de se sacrifier pendant quelque temps pour une structure qui ne leur garantit aucune prestation de service. Or, il n’y a pas toujours d'entreprises prêtes à jouer ce rôle. Cela engendre rapidement un cercle vicieux : sans associés, la Chambre ne produit pas de services et sans services, les sociétés quittent la Chambre. Parfois, la situation dépend uniquement de l’arrivée ou non d’une personne dynamique, prestigieuse, ayant des relations dans les sociétés portugaises et entretenant de bons rapports avec les autorités locales. Cela peut faire toute la différence.

Quelles sont les sociétés qui représentent la plus grosse part d’associés dans ces chambres de commerce ? Les filiales portugaises au Brésil, les entreprises brésiliennes ou les sociétés dirigées par des luso-descendants ?

Dans le cas de Sao Paulo, par exemple, l’axe central est constitué de sociétés portugaises fortes comme EDP, Cimpor, les banques, etc. Mais il y a également beaucoup d’entreprises au capital brésilien intéressées par le commerce et l’investissement au Portugal. Par exemple, le nouveau président de la Chambre de Commerce de Sao Paulo est président de la Banque Luso-Brésilienne, une banque brésilienne crée par des Portugais au sein de la communauté. C’est un bel exemple.

Pensez-vous que le réseau de chambres de commerce portugaises au Brésil est arrivé à maturité ?

Combien de chambres supplémentaires sont prévues dans ce pays ? L’intention n’est pas de créer des chambres de commerce dans tous les états brésiliens, bien qu’il y ait assez d’espace pour créer quelques chambres supplémentaires dans un avenir plus ou moins proche. J’avais moi-même encouragé la création d’une Chambre à Manaus où il existe des conditions de création très spéciales, en raison d’un pôle industriel dynamique présent dans la région.

Qu’est-ce que ces chefs d’entreprise recherchent le plus auprès des chambres de commerce au Brésil ?

Essentiellement des informations sur les opportunités d’affaires. Contrairement à l’Europe où tout est transparent actuellement en termes de marché, le marché brésilien présente quelques particularités. Les entrepreneurs voulant déployer leur activité sur ce marché doivent être sensibilisés à ces particularités. Par ailleurs, les chambres portugaises jouent également le rôle de point de contact pour les opportunités au Portugal. En Europe, l’encadrement institutionnel des affaires est relativement semblable d’un pays à l’autre. Or, les différences entre le Portugal et le Brésil sont énormes. Ce sont deux cultures d’entreprise différentes, beaucoup de problèmes apparaissent à la création d’une société, plusieurs questions se posent quant à la mobilité des salariés, aux exigences en matière de légalisation, à l’ouverture de comptes en banque, etc.Il faut donc connaître le marché à fond. Les chambres sont une espèce d’ « amortisseur » pour que la création des sociétés ait lieu d’une manière plus confortable, en regroupant davantage d’informations. Par ailleurs, les chambres sont de véritables « mandataires » pour les sociétés dont la dimension ne justifie pas de faire appel à de grands cabinets d’avocats ou à des conseils en management.

Trois mois après votre arrivée à Paris, quelle est votre première impression des entrepreneurs portugais en France ?

J’avoue ne pas avoir eu le temps de dresser un portrait rigoureux du tissu entrepreneurial portugais en France. Alors qu’au Brésil, il existe 700 entreprises au capital portugais, ici nous avons affaire à plusieurs milliers de dimensions très diverses. Etant donné la crise qui touche les marchés, je cherche dans un premier temps à évaluer la manière dont la communauté entrepreneuriale d’origine portugaise ressent cette crise en France. Il faut être attentif pour pouvoir assurer une action efficace en cas d’aggravation de la crise. J’ai proposé au Président de la CCIFP, Carlos Vinhas Pereira, d’organiser à l’Ambassade une journée de réflexion pour évaluer les effets de la crise ressentis par nos chefs d’entreprise. Cette rencontre aura lieu le 30 juin et tous les chefs d’entreprise sont d’ores et déjà conviés à y participer. Les secteurs français auront également l’occasion de s’exprimer pour que nous puissions confronter nos expériences. On estime à plus de 45 000 le nombre de sociétés françaises dirigées par des Portugais ou par des Français d’origine portugaise.

Pensez-vous que ce poids de la communauté portugaise va se maintenir en France ou qu’elle va plutôt se dissiper pour des raisons d’assimilation ?

En soi, l’assimilation n’est pas une chose négative. Et l’assimilation n’entraîne pas forcément une perte des liens affectifs. Je pense que le drapeau portugais doit être maintenu au sein des différentes communautés tant que ces dernières voudront le garder. Si la communauté portugaise de France souhaite s’assumer en tant que française tout simplement, nous ne pouvons aucunement y faire obstacle. Néanmoins, en tant qu’Etat portugais, nous devons mettre à disposition des Portugais et des Luso-descendants tout un ensemble de mécanismes leur permettant, s’ils le souhaitent, d’entretenir la mémoire qui les relie au Portugal mais sans créer de lobbys ni imposer quoi que ce soit. Un des objectifs stratégiques définis par la CCIFP pour 2009 consiste à établir les bases en vue de la création d’un Conseil des Chambres de Commerce Portugaises en Europe.

Etant donné votre expérience brésilienne, que pensez-vous de la mise en place de ce type de projet en Europe ?

La première question qui me vient à l’esprit est le besoin de définir a priori une évaluation sur l’intérêt de ce projet, d’après ses objectifs éventuels. Je n’ai évidemment aucun avis sur cette question. Il y a une chose que la vie m’a apprise après presque 40 ans de service public : nous devons évaluer correctement la valeur des initiatives en fonction de leur intérêt concret. Si ce Conseil des Chambres est perçu comme étant une valeur ajoutée, ce projet sera certainement couronné de succès.

Peut-on faire un éventuel parallèle ou établir une analogie avec la création du Conseil des Chambres de Commerce Portugaises au Brésil ?

L’objectif essentiel de la structure brésilienne a été de résoudre le problème de la coordination au sein d’un pays immense. Ensuite, le but de cette initiative a été de compenser la différence de dimensions entre les différentes chambres, ce qui permet aux plus fortes de soutenir les plus faibles, ne serait-ce qu’en leur apportant leur expérience. J’ignore si ce modèle peut s’appliquer en Europe mais je peux vous assurer une chose : la CCIFP pourra compter sur l’Ambassade du Portugal en France si elle estime qu’elle peut lui apporter une aide précieuse pour effectuer ce travail de rassemblement et de regroupement de la communauté entrepreneuriale portugaise en Europe.

Pour terminer, avez-vous un message particulier à adresser à la CCIFP et à ses membres pour les années à venir, au cours desquelles nous travaillerons côte-à-côte ici en France ?

J’aimerais dire à la CCIFP et à ses membres que je perçois le service diplomatique comme étant un service public ouvert et accessible. L’Ambassade et tous ses services sont à la disposition de la communauté entrepreneuriale portugaise en France. De plus, je serais ravi de mettre à disposition l’espace de l’Ambassade du Portugal à Paris pour organiser davantage d’événements et de manifestations à caractère entrepreneurial. Il y a quelques limitations en termes d’espace et de sécurité, mais nous disposons d’un salon qui peut être transformé en salle de réunions ou d’exposition capable d'accueillir près de 100 personnes. Sur recommandation des services commerciaux de l’Ambassade, les entreprises pourront utiliser cet espace. L’Ambassade est entretenue par le Trésor Public portugais et les impôts des Portugais, elle doit donc être utilisée en fonction des intérêts portugais qui passent obligatoirement par les intérêts des entreprises portugaises.